Au sortir de l'E3, et afin de justifier une facture pouvant aller jusqu'à 600 euros, le constructeur a adopté un nouveau message. La Playstation 3 n'est pas une console de jeux ; il s'agirait d'un ordinateur, aussi puissant et flexible qu'un PC. L'inclusion en standard du système d'exploitation Linux semble aller dans le bon sens, mais il reste encore à déterminer la marge de man?uvre exacte dont disposeront les développeurs amateurs. Car pendant ce temps, la chasse au hacker PSP, elle, continue.

On comprend désormais mieux pourquoi le prix de la Playstation 3 a été annoncé lors du dernier E3, soit plus de six mois avant la sortie de la machine. Tout comme Nintendo avait dû prendre le temps d'expliquer le choix "Wii", Sony bataille désormais pour justifier des factures de 500 ou 600 euros auprès d'un public qui, en grande majorité, considère encore la PS3 comme une énième console de jeux. Et la stratégie adoptée est simple : cette machine coûteuse serait en fait un vrai petit ordinateur.

Depuis l'E3, les dirigeants Sony ont ainsi multiplié les comparaisons avec le monde du PC. Pour Ken Kutaragi, la Playstation 3 est "clairement un ordinateur" car elle dispose d'interfaces standard et peut "interagir librement avec n'importe quoi". La flexibilité de l'architecture PS3 est également citée comme un avantage, et le constructeur envisage déjà vendre de nouvelles configurations de sa machine dans le futur : avec plus d'espace disque dur, avec des prises HDMI supplémentaires... "Inévitablement, 60 giga-octets de stockage finiront par ne plus suffire, estime le PDG de Sony Computer Entertainment. La quantité de mémoire vive disponible risque également de devenir trop juste. [...] Si une nouvelle technologie devient populaire sur PC, la PS3 se devra de l'intégrer." Phil Harrison, lui, est convaincu que les capacités multimédia de la console dépasseront celles du PC. "Nous pensons que la PS3 sera la figure centrale qui permettra aux utilisateurs de joueur, de regarder des films, de naviguer sur Internet, et de s'adonner à toutes sortes d'activités de divertissement, a déclaré le responsable des studios de développement Sony, interrogé à propos des connexions qui vont bientôt unir la Xbox 360 au PC via Live Anywhere. La PS3 est un ordinateur. [Sony] n'a pas besoin du PC."

Ce n'est pas la première fois que le constructeur avance ce genre d'argument pour décrire ses machines. La PS2 avait elle aussi été qualifiée d'ordinateur, mais le bénéfice retiré à l'époque était principalement financier. Jusqu'au 1er janvier 2004, en effet, les taxes européennes étaient moins importantes sur l'import d'ordinateurs que sur l'import de consoles de jeux. On se rappelle également de l'affaire du "super ordinateur", les 4000 Playstation 2 prétendument commandées par petit papa Saddam Hussein pour équiper ses missiles. Grosse rigolade à l'époque, mais la curiosité des scientifiques fut piquée. En 2003, quelques-unes des grosses têtes du NCSA, le département américain consacré à la recherche dans le domaine des supercalculateurs, décida de construire une machine constituée de 70 PS2 reliées en réseau. Apparemment, le projet n'a jamais dépassé le stade théorique, et on peut aujourd'hui dire sans trop s'avancer que 99% des utilisateurs de Playstation 2 s'en servent pour jouer à FIFA ou Buzz le Grand Quiz.

Que la PS3 soit un ordinateur, cela ne fait aucun doute. La machine exécute des programmes et effectue des calculs... tout comme Wii, la Xbox 360, ou n'importe quel processeur x86 ou PowerPC. De plus, le CELL est certainement assez puissant pour faire tourner un grand nombre d'applications. La vraie question, en fait, serait plutôt de savoir lesquelles pourront tourner au final. A ce sujet, Izumi Kawanishi, responsable du développement logiciel Sony, a confirmé en mai dernier que la machine serait équipée en standard du système d'exploitation Linux, très populaire dans la communauté Open Source. En théorie, donc, n'importe quel développeur en herbe pourra créer jeux et programmes divers et l'expérience pourrait alors rivaliser avec celle offerte par le micro-ordinateur. En pratique, cependant, il est très improbable que Sony offre un accès complètement libre aux composantes les plus critiques du système. L'expérience PSP a montré que le constructeur voyait d'un très mauvais ?il tout développement pouvant menacer l'intégrité de sa machine, et certains affichent déjà le plus grand scepticisme concernant les futures capacités hors jeu et hors Blu-Ray de la Playstation 3. "Elle pourra aller sur le web, récupérer des emails, jouer des films et des MP3, et ça sera tout", prédit un lecteur du site digg.com. En attendant, la multiplication des étiquettes risque d'introduire encore plus de confusion pour les consommateurs. Qu'est-ce vraiment que la Playstation 3 ? Une console de jeux ? Un lecteur DVD haute définition pas cher ? Un centre multimédia ? Un micro-ordinateur ? "Cette affaire Playstation commence à devenir très compliquée, remarque un lecteur du site Shacknews. Est-ce que comprendre ce qu'est la machine fait partie de l'expérience qu'elle promet ?"