Même s'il a déplacé le conflit de nos jours, Infinity Ward reste fidèle à sa recette : immersion maximum, action satisfaisante et spectaculaire, et même vision en noir et blanc du monde, gentils contre "tyrans" venus du Moyen-Orient ou de l'Est. Attention au dérapage.
Anecdote intéressante : le quatrième épisode est en fait le troisième pour les américains d'Infinity Ward. La réalisation du transitionnel Call of Duty 3, sorti en fin d'année dernière, avait en effet été confiée au studio Treyarch, laissant aux créateurs de la série deux bonnes années pour mettre sur pied le véritable successeur de Call of Duty 2, l'un des titres-phare du lancement de la Xbox 360 en 2005. Le résultat final, du côté de la campagne solo en tout cas, tient pourtant moins de la révolution que de l'évolution ; même base de FPS, même accent mis sur l'immersion du joueur au sein de son univers et mêmes ambitions cinéma grand spectacle. Mais la recette, pourtant connue, résonne ici d'une intensité nouvelle, portée en partie par les prouesses technologiques du nouveau moteur d'Infinity Ward.
Car ici, la guerre est avant tout une fantastique expérience des sens ; autour du joueur, beaucoup de bruit et de fureur, beaucoup d'explosions et de balles sifflantes couvrant à peine les cris des alliés et des adversaires. Ce qui n'empêche pas Call of Duty 4 d'afficher également quelques très belles réussites de gameplay. Au lieu d'enfermer le joueur dans un couloir, la progression se fait par exemple via une succession de tableaux proposant un équilibre réjouissant entre linéarité et liberté, micro-champs de bataille offrant au joueur de multiples variations sur la manière d'assaillir l'ennemi. On apprécie également le sens admirable du rythme dont fait preuve Infinity Ward, enchaînant avec brio une variété impressionnante d'environnements et de séquences (assaut, courses-poursuites, infiltration, assassinat, etc.).
La plus grosse nouveauté de ce quatrième volet est cependant révélée dès la lecture du titre : Modern Warfare, la guerre moderne, un choix qui permet au studio de quitter enfin le carcan historique de la seconde guerre mondiale mais qui l'entraîne également sur une pente extrêmement glissante. Les horribles nazis laissent donc la place aux méchants arabes terroristes et aux ultranationalistes russes, époque différente mais même vision en noir et blanc du monde, les gentils contre les "tyrans." Pas l'ombre d'un civil sympa ou d'un groupe de rebelles prêtant main forte aux héros (sauf peut-être chez les russes, dans de très rares occasions) ; au lieu de ça, des vagues basanées en turban menaçant d'engloutir le courageux soldat, qui rentre dare-dare dans son hélicoptère avant de décoller in extremis, une séquence mise en scène comme s'il s'agissait de l'attaque de la horde d'insectes extra-terrestres dans Starship Troopers. Pendant ce temps, l'artillerie bombarde allègrement la campagne russe. "Ca va faire un super ralenti !" lance le capitaine. Tout cela est très amusant.
Beaucoup diront, comme d'habitude, que tout cela n'est qu'un jeu, ou remarqueront que le studio a lui-même déclaré "ne pas vouloir faire de politique, juste le meilleur jeu possible." Mais quand un développeur parsème son titre de citations choisies à propos de la guerre, on peut légitimement estimer qu'il a au moins quelques petites choses à dire sur le sujet. Alors, justement, que dit Call of Duty 4 ? Que "l'arbre de la liberté doit parfois être arrosé du sang des patriotes et des tyrans" (encore eux), qu'il n'y a rien de pire que de "ne pas avoir agi à temps," que la fin justifie les moyens et que, quelque part, dans un pays lointain et mystérieux, il y a un peuple de fous furieux représentant une menace certaine pour les pays occidentaux. Pour un jeu qui n'a rien à dire, le message est clair – en plus d'être étonnamment familier. Et c'est ça qui agace. Car Call of Duty 4 est loin d'être désagréable ; dans le genre action blockbuster, il s'agirait même d'un des meilleurs représentants actuels. On aimerait juste pouvoir y jouer sans avoir la sensation de cautionner implicitement un système d'idées aussi contestable.
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Car ici, la guerre est avant tout une fantastique expérience des sens ; autour du joueur, beaucoup de bruit et de fureur, beaucoup d'explosions et de balles sifflantes couvrant à peine les cris des alliés et des adversaires. Ce qui n'empêche pas Call of Duty 4 d'afficher également quelques très belles réussites de gameplay. Au lieu d'enfermer le joueur dans un couloir, la progression se fait par exemple via une succession de tableaux proposant un équilibre réjouissant entre linéarité et liberté, micro-champs de bataille offrant au joueur de multiples variations sur la manière d'assaillir l'ennemi. On apprécie également le sens admirable du rythme dont fait preuve Infinity Ward, enchaînant avec brio une variété impressionnante d'environnements et de séquences (assaut, courses-poursuites, infiltration, assassinat, etc.).
La plus grosse nouveauté de ce quatrième volet est cependant révélée dès la lecture du titre : Modern Warfare, la guerre moderne, un choix qui permet au studio de quitter enfin le carcan historique de la seconde guerre mondiale mais qui l'entraîne également sur une pente extrêmement glissante. Les horribles nazis laissent donc la place aux méchants arabes terroristes et aux ultranationalistes russes, époque différente mais même vision en noir et blanc du monde, les gentils contre les "tyrans." Pas l'ombre d'un civil sympa ou d'un groupe de rebelles prêtant main forte aux héros (sauf peut-être chez les russes, dans de très rares occasions) ; au lieu de ça, des vagues basanées en turban menaçant d'engloutir le courageux soldat, qui rentre dare-dare dans son hélicoptère avant de décoller in extremis, une séquence mise en scène comme s'il s'agissait de l'attaque de la horde d'insectes extra-terrestres dans Starship Troopers. Pendant ce temps, l'artillerie bombarde allègrement la campagne russe. "Ca va faire un super ralenti !" lance le capitaine. Tout cela est très amusant.
Beaucoup diront, comme d'habitude, que tout cela n'est qu'un jeu, ou remarqueront que le studio a lui-même déclaré "ne pas vouloir faire de politique, juste le meilleur jeu possible." Mais quand un développeur parsème son titre de citations choisies à propos de la guerre, on peut légitimement estimer qu'il a au moins quelques petites choses à dire sur le sujet. Alors, justement, que dit Call of Duty 4 ? Que "l'arbre de la liberté doit parfois être arrosé du sang des patriotes et des tyrans" (encore eux), qu'il n'y a rien de pire que de "ne pas avoir agi à temps," que la fin justifie les moyens et que, quelque part, dans un pays lointain et mystérieux, il y a un peuple de fous furieux représentant une menace certaine pour les pays occidentaux. Pour un jeu qui n'a rien à dire, le message est clair – en plus d'être étonnamment familier. Et c'est ça qui agace. Car Call of Duty 4 est loin d'être désagréable ; dans le genre action blockbuster, il s'agirait même d'un des meilleurs représentants actuels. On aimerait juste pouvoir y jouer sans avoir la sensation de cautionner implicitement un système d'idées aussi contestable.
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